Courir pour Marie a rendez vous avec le Diable

Ultra du pas du diable

29 avril 2017

 

Bonjour les amis, il est de ces courses qui vous laissent une trace indélébile, c’est le cas de celle-ci.

Profil de la course

Voila 3 semaines que le Marathon de Paris a eu lieu, très peu d’entrainement à cause de cette blessure au pied, mais malgré tout, ça a l’air de vouloir se calmer, tant mieux. Une semaine avant le départ, sortie de 17kms, bim, douleur au pied au 15e km, le reste, fait en marchant, humm, pas cool. Arrêt de tout effort, mise au repos total et prières en tous genres à tous les dieux qui aiment le sport. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.

28 avril, 9h, je retrouve mes amis lapins Runners, Carole et Emir à la gare de Cesson pour un covoiturage qui nous mènera jusqu’à Saint Jean du Bruel en Aveyron pour un ultra trail couru pour l’association grace à la générosité des organisateurs du trail du Roc de la lune, Carole et Loulou qui nous offrent les dossards pour représenter nos valeurs.

Ce trail sera une nouveauté pour moi, 120 kms et surtout 6500m de D+, je n’ai jamais fait de dénivelé aussi important mais que voulez vous, quand votre objectif est de faire un jour l’UTMB avec 10000m de D+, faut bien se lancer un jour, non ? Conditions météorologiques aléatoires vu la topologie du terrain, nous monterons sur le Saint Guiral qui culmine quand même à plus de 1300m d’altitude avec un sommet balayé par les vents, cool.

Cette course se déroule dans un décor magnifique, le parc des Cévennes, 35h maxi pour arriver au bout, départ à 4h du matin le samedi 29, arrivée avant 15h le dimanche 30 avril. Les jalons sont posés, il n’y a plus qu’à.

La préparation physique n’est pas du tout là vu que je n’ai couru que 3 fois en Avril (dont le Marathon de Paris) et 0 fois en février pour cause de blessure plantaire, je crois qu’on peut parler de départ à l’arrache, vous en conviendrez.

Cette course est la 1ère étape de l’UMNT (Ultra Mountain National Tour) qui regroupe quand même des pointures de la course trail, les premiers finiront la course en 15-16h. Il y a du haut niveau.

Ce fut l’occasion de superbes rencontres, d’abord avec Carole et Loulou qui ne sont pas du tout coureurs mais se sont pris au jeu et organisent depuis le début cette manifestation, aidés de Manu (Emmanuel Ripoche) à la conception du parcours, connaissant la région par cœur. Fabrice D’Aletto qui finira 2ème et surtout la charmante Emilie Lecomte, marraine de la course, elle ne participera pas, elle vient juste de terminer le Marathon des Sables qu’elle finira en 4ème position chez les femmes. Une grande convivialité à tous les niveaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le vendredi soir, débriefing de la course, en présentant les principaux favoris, les caractéristiques de la course, les quelques mises en garde également et surtout très belle opportunité pour nous de faire connaitre notre association en acceptant l’invitation d’Emilie Lecomte de monter sur scène. Cela m’a permis d’expliquer qui nous étions, pourquoi nous étions là et quels étaient les objectifs de notre association. Chose étrange, d’un naturel plutôt effacé (si si), j’ai pu faire preuve d’une certaine aisance, tant mieux.Screenshot_2017-05-02-11-27-36

Le logement gracieux dont nous avons pu profiter était top. Un bâtiment réservé aux colonies de vacances, chambre pour nous 3 avec WC et douche, lits de camp, le luxe !!

Malheureusement, très petite nuit pour moi, impossible de fermer l’œil, pourtant, rien n’empêchait de dormir mais que voulez vous, peut être l’angoisse de courir cette distance avec ce pied pas encore réparé, je savais donc que je partirai avec, dans mon sac à dos, outre le matériel obligatoire, une pancarte ABANDON que je risquai de devoir utiliser.20170428_204024

Lever à 2h30 pour un départ à 4h, pas le temps de prendre un p’tit déj digne de ce nom, on se ravitaillera au 1er ravito.

On annonce une très belle journée pour le samedi et catastrophique pour dimanche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous sommes sur la ligne de départ avec tous les autres, dans les fumigènes éclairés de lumière rouges évoquant les feux de l’enfer, cool. Le speaker est là, habillé en ange, haranguant la foule des coureurs à se confronter avec le diable, lui-même, habillé en rouge, portant des cornes et installé sur une nacelle en hauteur et riant de nous, pauvres mortels que nous sommes. L’ambiance est géniale, je n’avais encore jamais assisté à un départ de la sorte.FB_IMG_1494160627554

4h, le départ est donné, il fait pas loin de 0 degré, on démarrera très gentiment car ce sera une monotrace pendant plus d’une heure, beaucoup plus de marche que de course, perso, ça me va très bien.

Le peloton s’étire ensuite, nous commençons à avoir une allure raisonnable, loin des 5 km/h de la première heure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1er ravito très attendu à Trèves au 19e km, miam, pain sportif, délicieux, du fromage, du pain d’épices, de la fouace, du saucisson, jambon, pain, beurre, boisson chaude … difficile d’en repartir, à l’extérieur il fait très froid.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous repartirons ensemble, départ très difficile, très froid, nous resterons ensemble jusqu’à ce qu’Emir et Carole rencontrent des amis à eux. J’en profite pour prendre de l’avance, sachant qu’ils ne tarderont pas à me rattraper.  25ème km, c’est déjà dur pour moi, mon pied me lance à chaque impact au sol, les cuisses montrent leur manque d’entrainement et signalent leur mécontentement à chaque montée et descente, l’éventualité de terminer la course s’amenuise au fur et à mesure, la course sera longue, très longue.

Cette course va toutefois nous montrer ses spécificités, en effet, outre son dénivelé et sa longueur, celle-ci nous permettra de traverser 2 grottes, la première, la grotte de Saint Firmin s’escalade à bout de bras, aidé quand même par une corde à nœud. Passage quand même un peu impressionnant car cela s’apparente plus à de la spéléo qu’à du trail, mais moment fort agréable car brise la routine de la course.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A la sortie de la grotte, plus moyen de courir ni de trottiner, je passe donc en mode marche, ça me permettra d’utiliser les bâtons que ma chère et tendre ainsi que mes enfants m’ont offerts lors de mon dernier anniversaire. La 2ème grotte sera l’Abime de Bramabiau, de toute beauté, traversée par un torrent rafraichissant et tonitruant de part l’acoustique du lieu. Celle-ci est aménagée pour le public, équipée d’une coursive pour en favoriser l’accès au plus grand  nombre, donc pas de difficulté particulière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre temps, nous avons droit à un passage dans un tuyau de canalisation d’une soixantaine de cms de diamètre que nous devons passer en rampant, façon Mud Day, activité divertissante et ludique coupant également la routine, peut être en aurait il été autrement si le temps avait été à la pluie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la course, je reste avec les mêmes personnes, les Lapins Runners m’ayant dépassé depuis belle lurette, je me rends compte que je suis dans les derniers, mais toujours dans les barrières horaires donc moral pas trop attaqué, au contraire, ça me fait avancer, difficilement, mais avancer quand même.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19h, arrivée au ravito de Dourbies, 60ème km, mi course, barrière horaire à 21h45, je reste confiant. Là, je rencontre 5 coureurs qui se rhabillent car ils décident d’abandonner. Tout le monde me regardent en attendant que je prenne la même décision, mais sincèrement, l’idée ne m’avait même pas effleuré l’esprit, 2h45 d’avance sur la barrière horaire, aucune raison d’abandonner. C’est la base vie, le sac que j’avais laissé au départ m’attendait gentiment sur une étagère, je change mes vêtements, mes chaussures,  un peu de crème Arnicadol sur les cuisses, un brin de ravitaillement, je suis un homme neuf et revigoré, prêt à attaquer la nuit dans la pampa aveyronnaise. On me prévient quand même que là haut, ça va souffler  et que le temps va tourner au mauvais vers 4-5h du matin,  j’en prends bonne note et direction la sortie sous des regards partagés entre la stupéfaction et l’appréhension.

La reprise se passe très bien puisque j’arrive même à trottiner, l’espoir ressurgit, j’ai mis 15h pour faire les 60 premiers kms, il m’en reste 20 pour faire les 60 derniers, à ce moment là, ça me parait encore jouable.

Je sais que je suis le dernier mais plutôt que de m’affaiblir, au contraire, ça me donne de l’énergie. La nuit tombe vers 20h, je suis seul dans les montagnes aveyronnaises avec pour seule compagnie, ma lampe frontale. Je ne croiserai aucun coureur jusqu’au ravito d’Aumessas au 90ème km à 6h du matin. La solitude ne m’inquiète pas, j’adore courir seul en pleine nuit, je n’ai souvent pas trop le choix quelquefois pour m’entrainer que de sortir le soir après 21h-22h pour courir 2 bonnes heures à la frontale.

Me voilà donc seul dans une ambiance très particulière mais loin d’être effrayante. Au contraire, le climat qui règne est propice à la méditation, la réflexion sur soi même (qui commence en général par « mais qu’est ce que j’fous là ??? »), à la sérénité. J’ai alors une pensée pour toute ma famille, mes amis, mes collègues, les enfants dont on s’occupe et qui eux, ne peuvent malheureusement pas courir mais qui, grace à notre association, peuvent gouter, le temps d’une course le plaisir grisant de l’ambiance d’une compétition sportive. Alors je puise dans mes ressources pour aller le plus loin possible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malheureusement, la magie de l’Arnicadol a ses limites et après une dizaine de km, je retourne en mode marche car mes cuisses me lancent énormément, les montées sont douloureuses, les descentes sont un calvaire, le plaisir n’est plus là. Pas très loin du ravitaillement du col des Molières, j’attaque une pente abrupte au possible, la fatigue ne me permets plus toute ma lucidité, je ne vois plus les balises, il est 2 h du matin, il y a un vent à décorner les bœufs, je m’égare dans la bruyère et les genets, je m’énerve (eh oui, des fois, ça m’arrive), je perds le contrôle, et, après avoir poussé un bon cri primal ( pour tester l’écho, surement), je préfère m’asseoir et réflechir. Me voilà donc en pleine nuit, assis par terre, la lumière éteinte (ça facilite le retour au calme et la réflexion) à me poser des questions sur la suite. C’est pas cool, l’ultra trail ??  Après un coup de téléphone au PC course (eh oui, j’avais du réseau, incroyable, non ?!), ceux-ci m’ont confirmé que les balises n’avaient pas été déplacées et que l’on m’attendait là haut au ravito. Je me suis donc remis en route avec l’esprit rasséréné, et en cherchant un peu, les balises sont apparues d’elles mêmes, comme par magie. Il faut quand même vous avouer que, dû au  manque de sommeil, je commençais depuis un certain temps à avoir des hallucinations, à voir des animaux, des gens, en place et lieu des rochers, des branches d’arbres … j’évoluais dans une ambiance « fantastique », mais loin de m’effrayer, j’en appréciais plutôt la substantifique moelle, je savais que rien de mal ne pouvait m’arriver, un peu comme dans un rêve où on se permet de tout essayer car on sait que de toute façon, quoi qu’il arrive, on va se réveiller et tout reprendra sa place. C’est space, non ???

Bref, arrivé au ravito des Molières, où il n’y avait plus rien pour moi, je me rends compte que vu mon état physique et psychique, il ne me sera pas possible de terminer la course. Je décide toutefois d’aller le plus loin possible tant que je reste dans les barrières horaires. Autrement exprimé, tant qu’on ne me vire pas, je continue à jouer.

Ça y est je repars du ravito où je n’ai que de l’eau, pas grave, j’ai de quoi manger dans mon sac à dos, il me reste une dizaine de kms à parcourir pour rejoindre Aumessas, le ravito du 90ème km. La fatigue est là, les douleurs sont omniprésentes (cuisses et talon) au moindre mouvement, l’envie d’en finir également.

Je veux arriver, rendre ma puce, rentrer en navette, le moral n’est plus là, le plaisir non plus. Dans un ultra, on passe par différentes phases, des hauts, des bas et ça fluctue comme cela tout du long, voilà pourquoi, tout abandon doit être précédé d’une mûre réflexion. Là, par contre, je ne pense pas être descendu aussi bas, je ne tiens plus debout, la météo se gâte, cela devient dangereux pour moi de continuer, je suis au bout de mes limites physiques (pas mentales).

Ça me prendra 11h pour rejoindre ce ravito, le calcul n’est pas compliqué, 15h pour les 60 premiers kms, 11h pour les 30 suivants, il faudrait faire les 30 derniers en 9h. C’est plié, je lache l’affaire, mon corps me remerciera lorsqu’après un ravitaillement fourni, et un lit de camp, il s’éteindra comme une lampe qu’on met sur off, on me recouvrira d’une couverture de survie, pas de rêves, pas de souvenirs, juste une recharge tel un téléphone connecté à son chargeur.

Adieu.

2 heures plus tard, j’entends des bruits de foule, des gens s’activent dans tous les sens, je comprendrais par la suite que ce sont les concurrents du 30 kms qui se préparent à s’élancer sous une pluie battante. Comment vous dire que je ne les envie pas, mais alors, pas du tout.

A ce moment là, je n’ose plus bouger du lit, mon corps est une douleur à lui tout seul, le moindre mouvement me coute, je me suis endormi (écrasé, plutôt) tel quel, tout habillé, avec mes gants, mon buff, j’ai juste retiré mon sac à dos (quand même), l’inconfort est général.

Une fois après m’être levé, vidé ma vessie, lavé mon visage et pris un bon p’tit déjeuner (les bénévoles sont extras de gentillesse et de compassion), je me retrouve face à la réalité, j’ai abandonné. C’est la première fois, ça fait bizarre mais un seul coup d’oeil à l’extérieur (et à ma montre) me fait comprendre que la décision s’imposait, il m’aurait été impossible, ne serait ce que de rejoindre le prochain ravito, le simple fait de marcher me faisait souffrir. Avec 3 camarades de galère, on attendra que quelqu’un veuille bien nous ramener à Saint Jean du Bruel. En attendant, café – fouace à volonté.

10h, me voilà à l’arrivée de la course, je me renseigne si les lapins Runners sont déjà là, non, apparemment pas. J’attends donc leur arrivée pour filmer l’événement. J’attendrais ainsi jusqu’à 12h15, la fatigue, le refroidissement corporel devenait dangereux, l’envie de prendre une douche chaude et de me coucher me font retourner au logement, j’en peux plus. Les 500m qui me séparent de la colonie sont un calvaire.

J’arrive tant bien que mal, je me douche, je me sens beaucoup mieux et pour compléter ce tableau idyllique, des kinés ostéos s’étaient installés dans le bâtiment et l’une d’entre elles me propose un massage de récupération + prise en charge ostéo de mon pied afin d’expliquer à ses 4 élèves présents la façon de s’y prendre. Je n’en demandais pas tant mais si c’est pour faire évoluer la science, ma foi, allons y.

Et c’est donc tranquillement allongé sur cette table de massage que je vois mes 2 lapins préférés arriver en grelottant, emmitouflés dans des couvertures de survie, ils ont l’air vraiment mal en point, cela m’inquiète de les voir ainsi. Ils m’expliqueront par la suite qu’ils ont dû également abandonner la course pour des raisons qu’ils expliquent très bien dans leur vidéo en bas de cet article.

J’apprendrais par la suite que l’épreuve avait du être interrompue par arrêté prefectoral à 14h30 à cause du mauvais temps.

Le dimanche soir, nous serons couchés  à 18h30 jusqu’au lundi 8h30.

Conclusion : ce fut une super expérience de vie, un abandon que je ne prends absolument pas comme un échec car j’ai appris depuis peu qu’il n’y avait pas d’échec mais que des feedbacks positifs ou négatifs (des fois, tu gagnes, des fois,  tu apprends), et là, j’ai pris une belle leçon d’humilité, à savoir qu’on ne se présente pas à ce genre d’épreuve sans  un minimum de préparation adéquate. Et je crois que pour une fois, je me suis inscrit à une course où je savais que je devrai tôt ou tard sortir de ma zone de confort. Je suis arrivé avec un mental en acier mais un physique de clopinettes.

Cela nous laisse un goût d’inachevé pour tout les trois et nous aimerions par-dessus tout revenir et réitérer l’expérience de cette course, somme toute, superbe, avec des paysages magnifiques. Une course qui mériterait d’être plus connue que ça mais gare aux imprudents qui se présenteraient sans un minimum de préparation, ils paieraient cher le tribu au diable. J’en ai fait l’expérience, ça m’a couté cher.

Voilà une course qui m’a permis d’en apprendre plus sur moi-même, mes limites et mon mental (et mon physique aussi).

Prochaine étape, l’Ultramarin, 177kms autour du golfe du Morbihan, mais ceci est une autre histoire.

A bientôt les amis.

je suis en train d’essayer de monter ma propre vidéo, c’est plutôt laborieux mais dès que je termine, je vous mettrai le lien.

Ben

Explication des lapins runners en attendant la vidéo officielle de la course en elle même.

 

 

 

 

 

Et voici enfin mon reportage vidéo :

 

 

 

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