Mon Ultra marin 2016

Article spécialement dédicacé à toute la team de l’association « Courir pour Marie », J’ai beaucoup pensé à vous, les amis. Merci de votre soutien.

En France, la distance reine de l’ultra fond est le 100 km, lorsque vous l’effectuez, vous devenez centbornard.

Aux USA, c’est le 100 miles, soit 160 km, et là, vous devenez hundredmiler.

Voila pourquoi nombre d’épreuves d’ultra-fond telles que l’UTMB, la Diagonale des fous, l’UT4M … tournent autour de cette distance.

Pourquoi il nous parle de ça ? me direz vous.

Eh bien d’abord parce que je viens de l’apprendre d’un excellent livre qui m’a été offert pour la fête des pères, « Ultra ordinaire » de Joan Roch et que j’adore faire circuler les connaissances.

Mais surtout parce que quelqu’un m’a demandé : « mais faut t’appeler comment, maintenant que tu viens de faire 177 kms ? »  Voilà donc la réponse

……..

Euuuhhhh ….  Il a dit combien, le gars ??? 177 kms ??!  C’est possible, ça ? En combien de jours ? T’étais tout seul ? T’as tout fait à pied ? T’es arrivé combientième ? (je l’adore celle là J ) et enfin, « mais pourquoi tu fais ça ?!! », là, c’est ma mère J.

Mais oui, c’est vrai, pourquoi ???

Tout a commencé il y a 2 ans, quand, après 3 marathons, je décide de doubler la distance et m’aligne sur le Raid du Morbihan, 87 kms, partie sud du golfe du Morbihan reliant Arzon à Vannes, fin juin 2014.

A mon arrivée sur Vannes le vendredi (mon départ de course étant le samedi matin), je tiens à assister au départ des extraterrestres et autres hurluberlus qui s’alignent sur le  départ du Grand Raid 177 kms.

Je me rapproche de 2 ou 3 coureurs, entame la conversation avec eux. Incroyable, au fil des conversations, je me rends compte que ce sont des gens « normaux », comme vous et moi et qui, d’un instant à l’autre, allaient se lancer sur une distance de 177 kms (!!!!) autour du golfe, en un temps maximum de 42h, soit une arrivée avant dimanche midi.

Quelque chose germe dans mon esprit…

Le samedi matin, c’est mon tour, départ à 9h30, il pleut déjà et cela durera pendant 6h, ma femme partira de Sarzeau à 15h pour le 56 kms avec une amie.

Je cours un bon moment avec Crocsman (Jean-Louis Valderrama), je discute avec beaucoup de coureurs, mais surtout, je croise les « 177 kms », dossards jeunes, entourés d’une aura de sécurité, de fatigue, qui faisait qu’on évitait de les bousculer de peur de les faire tomber.

Plutôt que de la pitié, j’ai éprouvé un réel profond respect et une admiration pour ces gens là qui puisaient dans leur mental la force d’avancer et de rallier l’arche d’arrivée.

Une fois ma course terminée, une chose était sûre, je reviendrais ici, mais pour faire partie de ces gens là, pour m’aligner sur le Grand Raid.

Bon ben voilà, désolé pour cette longue introduction, mais quand on y réfléchit, elle est en adéquation avec la distance de la course.

Nous voilà début décembre 2015, devant mon ordi, j’hésite encore à cliquer sur la case « Grand Raid » du formulaire d’inscription à l’Ultra marin 2016. Je visualise ce  que cela va me couter en effort de préparation, d’entrainement ….

Je réfléchis encore ……… et je clique OK …….

A ce moment, devant mon PC, un grand moment de solitude, à mon actif, 6 marathons, un 87 kms et un 100 kms. Humm, ça fait léger tout ça.

Bon, je fais quoi, maintenant ? 6 mois pour se préparer à cette distance phénoménale, 177 kms !!!  Suis-je vraiment prêt à m’attaquer à ce format ? Pourquoi ? Comment je vais m’y prendre ? Vais-je y arriver ? Ca oui !!  Car je vais me donner les moyens d’y arriver, coute que coute.

Entrainement sur 6 mois, une distance marathon par mois officielle (Paris, Sénart) ou pas, de longues sorties longues avec de longues lignes droites pour travailler le mental et conditionner l’isolement.

Enfin nous voilà le 24 juin, 9h, à la gare de Cesson je retrouve Carole et Emir, les Lapins Runners avec qui nous avions convenu un covoiturage. Direction VANNES.

Une fois sur place, retrait des dossards, il est 15h, le départ de la course est prévu à 18h, nous avons encore 3 h pour nous imprégner de la magie qui se dégage lors de cet événement. Je fais la connaissance de Djo (Djodei) et Jérôme (Firerasta) avec qui nous formerons notre groupe de départ. Il y a également Gilles l’arlequin, croisé au marathon de Sénart. Que des gars sympas, ce week-end s’annonce très bien.

18h, le départ est donné, nous faisons d’abord un tour d’honneur dans Vannes, de 800m, qui ne compte pas dans le total, on revient sur le port et là, sous l’arche noire, biiip …, c’est parti.

Courir avec Carole et Emir est incroyable, ils sont interpelés tout le long, « Oh !  Des lapins ! », «  Oh maman, des lapinous, c’est cro mignon !  « , de véritables stars.

Je vous passe les détails techniques de la course, je ne suis pas très doué pour ça, on a tourné à droite, on a tourné à gauche, on est descendu, on est remonté, on a fait ça moult fois.

Le cadre est tout simplement somptueux, coucher de soleil à l’aller, lever de soleil au retour, c’était magnifique.

La 1ère partie, la partie Nord du golfe, est beaucoup plus technique, racines apparentes, cailloux, rochers, plages, forêt, course de nuit 4 h après le départ.

La 2ème partie, la partie Sud du golfe, est plus roulante, peu de technicité, pas mal de bitume.

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Chose extraordinaire, sans réellement se forcer, je suis resté avec les Lapins jusqu’au 90ème km, au ravito d’Arzon, nous avions le même rythme. Mais au moment de descendre du Zodiac qui nous a fait traverser le golfe de Locmariaquer à Arzon, je commence à avoir une douleur sur le bas du tibia droit, type tendinite ( en fait, élongation du jambier antérieur d’après mon doc), Carole avait un podium qui lui tendait les bras et Emir avait l’air de suivre donc hors de question de les ralentir dans leur élan, on se sépare, je ferai le reste de la course seul, je vous rassure, j’adore courir seul mais je savais que si je ne me fixai pas d’impératif, j’aurai fait comme les autres , marcher.

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Je me suis donc juré, ainsi que pour tous ceux qui me suivaient sur le net et Facebook via Livetrail ( merci Tony, Laury, Fred Fred, Sev Rine et tous les autres qui m’avez boosté à distance) de finir cette course en moins de 30h. Objectif toutefois très ambitieux pour un nouveau venu sur la distance, mais mon expérience du 100 km de Cléder en 2015 m’a montré que si on ne se fixe pas d’objectif strict, on baisse les bras.

Donc voilà, la 2ème partie se fait avec des hauts et des bas mais en courant (6,5 – 7 km/h) une grande partie du temps. Beaucoup de participants marchaient, j’en ai doublé régulièrement et remontai gentiment dans le classement. Mais il faisait chaud, la douleur était présente, la fatigue, bien installée mais les jambes répondaient bien, donc malgré l’absence de sommeil depuis vendredi 7h, je continuais mon bonhomme de chemin, gardant continuellement un œil sur ma montre.

Les derniers kilomètres sont interminables, le manque de sommeil commence à me donner des hallucinations visuelles, rochers qui bougent, souches et troncs d’arbres prenant des formes humaines ou d’animal,

Bref, il est vraiment temps d’arriver.

Le passage sous l’arche d’arrivée, sur le tapis rouge est empreint d’une intense émotion, les larmes sont au bord des yeux.

Passer le tapis de chronométrage, biiip, s’arrêter, écouter les encouragements et félicitations de parfaits inconnus encore présents à cette heure tardive pour vous féliciter, marcher, s’autoriser à marcher sans remords, des étoiles plein la tête.

Je récupère mon tee-shirt de finisher. Zut !  Je n’ai pas arrêté mon chrono, je demande au responsable présent, il m’annonce 28h57.

28h57 !!! Incroyable !! Je n’en crois pas mes oreilles, un sourire éclaire mon visage, les gens ont du me prendre pour un dingue à me voir ainsi sourire à la lune, ah ah ah .

Je rejoins Carole au ravito de fin de course, Emir est chez l’ostéo. Je la félicite pour sa performance et sa ténacité. Autant vous dire que tout le monde est complètement vidé, une seule envie, aller se coucher. Pour les Lapins, ce sera la tente de repos, il reste encore 2 places sur les lits de camp. Pour moi, ce sera la banquette arrière de ma Yaris avec mon sac de couchage.

Nuit sans rêves.

Dimanche matin, après une douche et quelques pas de canard , je rejoins les Lapins pour assister à la remise des trophées. Carole est applaudie de tous côtés lorsqu’elle reçoit sa récompense de 1ère sénior féminine. Quelle fierté de l’avoir eu à mes côtés pendant 90 bornes .

 

Après ça, ils rentrent sur Paris, moi, je reste sur place jusqu’à lundi. Je veux encore profiter de cette sensation qui ne me quitte pas, de cette effervescence dans mon crâne.

On se croise dans les rues de Vannes avec d’autres coureurs, même tee-shirt, même démarche de palmipède et on se félicite car on est fier de ce qu’on vient de réaliser.

C’est la course la plus difficile que je n’ai jamais faite mais c’est celle qui m’a le plus forcé à chercher, à piocher dans mes réserves physiques et mentales les plus profondes. J’ai pensé à vous tous qui me suiviez sur Livetrail, j’ai pensé à ma famille, mes amis, à tous les enfants de l’IMP, à tous ceux qui aimeraient courir mais qui ne le peuvent pas.

J’ai pensé (j’ai eu le temps) à tout ce qui pouvait me faire tenir debout et continuer.

Une chose est sûre, je reviens l’année prochaine

Et vous ?

voici en images, le témoignage des Lapins Runners, partie 1 et partie 2.

Voici également celui de Djodei.

Ben

8 commentaires sur “Mon Ultra marin 2016

  1. Coucou loup gourou!!!!
    Je t’ai enfin lu!!!!
    Merci de partager cette expérience avec nous!!!!
    Super récit bravo!!!!
    Ce fut un plaisir de te soutenir et je le referais encore tu le sais!!!
    Profite bien de tes petites vacances avec ta petite famille tu le mérite 177 fois 😉
    Bisous ben.

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  2. Bravo Ben pour ton Ultra marin, super article bien rédigé,
    J’aime beaucoup: « j’ai pensé à ma famille, mes amis, à tous les enfants de l’IMP, à tous ceux qui aimeraient courir mais qui ne le peuvent pas »
    Tony m’a envoyé un tee shirt, je vais pouvoir courir pour les enfants.
    Eric

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      • Bonjour Ben
        Ton commentaire: (une course très très longue, le temps de penser) me fait penser à:
        La méditation de la pleine conscience avec la marche afghane.
        “Imaginez des hommes parcourant à pieds 700 km sur 12 jours, et ce sans fatigue excessive…”
        Pratiquée à l’origine par les chameliers d’Afghanistan afin de pouvoir assurer les longues transhumances sans se fatiguer, la marche afghane est une technique simple à mettre en place dans votre quotidien et qui vous permettra d’entretenir votre physique tout en relaxant votre mental.
        Contrairement à la plupart des activités physiques, ici c’est le rythme respiratoire qui va induire le rythme de la marche et non l’inverse. Cette synchronisation parfaite des pas et de la respiration permettra une relaxation physique et mentale totale.
        cordialement
        Eric

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